Bartillat Edition
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L

ISBN : 2-84100-393-8
Parution : 01/02/2007
Prix : 20 €
250 p. pages
Format : 12,5 x 20
Préfacier : Pierre Assouline

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Le Flâneur salarié
Henri Béraud

Le flâneur salarié (1927) est un recueil de reportages, qui tous brillent par leur ton, leur style et leur originalité, et ont paru au cours des années 1920. Béraud a su rendre compte avec une parfaite maîtrise du climat d'incertitude qui régnait en Europe à cette époque. Partout où la mort et la violence inspirent l'inquiétude, il est là. A Rome où le pape est mort (c'est ainsi qu'il note le 22 jnavier 1922 : « On a su dans Rome, ce matin, dès l'aube pluvieuse, que le cadavre du Saint-Père serait aujourd'hui même offert aux regards de la chrétienté. Aussitôt par tous les ponts du Tibre, la foule des prêtres, des moines, des pélerins et des fidèles a gagné les abords du Vatican. ») A Athènes où le roi Constantin fusille ses ministres. A Rome encore où Mussolini achève sa « marche » victorieuse. Partout où la vieille Europe craque dans ses frontières neuves. En un temps où l'audiovisuel ne règne pas encore, il a l'art de faire entrer le lecteur dans l'univers familier des conducteurs de peuples, l'art de montrer l'Histoire au moment même où elle s'accomplit. Parmi les reportages figurent les sujets suivants : la translation des cendres de Jaurès, les funérailles d'Anatole France, une viste à Fallières (ancien président de la République), une traversée de l'Albanie, une visite de plusieurs prisons (Clairvaux, Rennes qui est une prison pour femmes) et de lieux d'embarquement pour les bagnes, ce qui le rapproche d'Albert Londres.

Presse

Un Rouletabille qui sent la poudre

Etienne de Montéty
Le Figaro littéraire, 29 mars 2007

Henri Béraud - Le prix Goncourt 1922, condamné à mort pour intelligence avec l'ennemi, fut d'abord un grand journaliste, dont les reportages restent un modèle du genre.

 
LE JUGEMENT des hommes s'est abattu sur Henri Béraud en 1944. Désormais c'est à celui de la postérité qu'il se présente, avec pour seule défense quelques livres. Elle sera clémente, ne serait-ce que pour la qualité de la poignée d'ouvrages qu'il a signés. L'un d'entre eux porte un nom devenu le titre de noblesse d'une profession : Le flâneur salarié. Il faut ouvrir ce bréviaire du journalisme : on y lit ceci : « Faites du reportage, cela signifie : regardez l'envers de la société, mêlez-vous aux hommes, percez les mobiles des grands et touchez les plaies des humbles. » Le conseil n'a rien perdu de sa fraîcheur. Il émane d'un écrivain - et encore le mot apparaît-il bien étriqué pour pareil personnage - qui eut sept vies.
 
Henri Béraud est né en 1885 à Lyon, ville irriguée par trois fleuves, dont le moindre n'est pas le beaujolais. Dans sa personne coulait un torrent de vitalité. Il fut antiquaire, représentant en charbons, puis en vins et, en compagnie de Charles Dullin, monta à Paris où il devint journaliste grâce à la bienveillance de son compatriote, Albert Londres. Au Canard enchaîné avec l'appui de Vaillant-Couturier, au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière, conspuant volontiers les gloires d'établissement, le Parlement, l'Académie, les capitalistes. Et la NRF, symbole selon lui d'une littérature confinée, austère, aux antipodes de son style de plein air. Son portrait féroce de Martin du Gard, il le signe Béraud du Rhône. « Mâche dru et fort biberon », selon Galtier, il écrit la nuit, aidé de son secrétaire, un certain Marcel Achard - encore un Lyonnais. Son journalisme est celui d'une époque, son style aussi : haut en couleur et en adjectifs. En invectives aussi. C'est Rouletabille coaché par Madame Sans-Gêne.
 
Faut-il le préciser : l'homme ne tient pas en place. Très vite, il rejoint la caste des reporters, ces brillants agités des rédactions parisiennes : Londres, Kessel et les autres. Quelques heures après la marche sur Rome, ils se retrouvent sur le quai de la gare de Lyon : « Après quoi nous prîmes tous ensemble le train et le parti d'en rire. » C'est tout Béraud : un coup d'État se vit dans la bonne humeur. Comme les négociations du traité de Versailles, auxquelles il participe en paparazzi et qui lui inspire des pages amusées sur cette assemblée historique réduite à une réunion de copropriétaires somnolents. À Athènes, Gallway, Clairvaux, Toulon ou place du Panthéon, qu'il rencontre Clemenceau, Fallières ou les bagnards de l'île de Ré, ceux qu'il appelle humblement « les gens du jour » sans savoir s'ils seront immortels ou engloutis, Béraud ne s'écarte pas de sa ligne : « Les vrais amis de l'histoire ne goûtent rien tant que les petits bouts de vérité, inscrits sur des petits bouts de papier par les mémorialistes d'autrefois et les reporters d'à présent. »
 
La place où moururent les six ministres fusillés 
 
Béraud aura visité l'URSS du communisme naissant, l'Italie fraîchement fasciste et l'Allemagne en proie au spartakisme. Il en aura rapporté des articles écrits au présent de narration, bourrés de faits et d'observations, laissant les analyses aux éditorialistes. « Je suis allé voir la place où moururent les six ministres fusillés », ainsi commence-t-il son reportage en Grèce, là où d'autres se seraient perdus en préambules vigilants, indignés ou compassionnels.
 
Aujourd'hui, son parcours donne le tournis : en 1918, il crée une revue avec Barbusse et Carco. Quelques années plus tard, il prononce à Médan un hommage à Émile Zola, au côté du colonel Dreyfus. Quand il devient la vedette du journal Gringoire, c'est aux côtés de Colette, Kessel, Guitry et Henry Bordeaux. C'est ensuite qu'il dérape, sans s'en rendre compte, acharné, pendant les temps confus de l'Occupation, à écrire « ce qu'il croit juste et vrai ». À son procès en 1944, c'est principalement son anglophobie qui lui est comptée - il a publié en 1935 un Faut-il réduire l'Angleterre en esclavage ? Comme le remarque Pierre Assouline : « Ce n'est pas à lui qu'on fera le procès d'opportunisme. » Camus le défend dans Combat, Galtier dans l'Intran, et Mauriac, saint François des assises, écrit : « Grâce à Dieu et pour notre honneur à tous, Béraud n'a pas trahi. » De Gaulle le gracie, sur intervention de la Couronne d'Angleterre fair-play.
 
Conscient de sa pente, il écrivait un jour à propos de la polémique, cette tradition dans laquelle il s'inscrivait à la suite des Rochefort, Vallès, Daudet : « Le pamphlet conduit rarement à la fortune, encore moins aux honneurs. Son plus clair bénéfice est une longue suite de démêlés avec la justice et l'opinion. » Béraud : un flâneur, mais pas de tout repos.



L'art du reportage, Rémi Soulier, L'Homme Nouveau, n°1393, 14 avril 2007

Le flâneur salarié, Néèl de Néhou, La Nef, n°182, mai 2007

Blog de Pierre Assouline du 30 juillet 2007
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/07/30/luniversel-reportage-selon-beraud/



 


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